Renationalisation d’EDF

EDF au pied du mur ou à la croisée des chemins ?

C’est désormais un secret de polichinelle : l’État se prépare à une renationalisation de l’entreprise, comme si c’était l’alpha et l’oméga de l’équation à laquelle nous sommes confrontés. Mais qu’en pense l’Alliance CFE UNSA Énergies ?

S’il est un point qui ne fait pas débat, c’est le qualificatif de la situation dans laquelle se trouve EDF : « critique ». Et si on veut faire court et précis, cela est le résultat de décennies d’errements d’un État schizophrène, à la fois actionnaire majoritaire et régulateur.

Un jour, il veut maximiser le dividende qu’il prélève tout en maîtrisant le prix pour le consommateur, le lendemain il utilise l’entreprise tel un bras armé pour financer tel ou tel projet voire rachat d’entreprise, le surlendemain il accepte de brader la production d’EDF à ses concurrents, et le jour suivant il cède au diktat de la toute puissante Commission Européenne en acceptant d’être traité au même rang que les pays où la production d’électricité émet le plus de CO2 !

Et maintenant, cet État bien moins stratège que dans le passé tire du sac SA solution à un problème qu’il a lui-même généré : la renationalisation d’EDF.

Si certains voient là l’aboutissement victorieux d’un combat idéologique lancé il y a des années, l’Alliance CFE UNSA Énergies ne peut en rester à cette étape de l’analyse. Elle vous propose donc une synthèse des grands axes de sa réflexion stratégique sur le sujet, qui induit les pistes qu’elle préconise.

Si renationaliser EDF se résume à racheter leurs actions aux petits porteurs (dont vous, actionnaires salariés) pour les remettre dans les mains de l’État, cela conduit à tuer tout contre-pouvoir dans la détention capitalistique de l’entreprise. Et cela ne protège pas d’une vente à la découpe ultérieure des bijoux de famille d’EDF pour renflouer les comptes publics. Voulons-nous d’un État qui pourrait faire demain tout ce qu’il veut d’EDF sans avoir de compte à rendre ? Cette forme de renationalisation n’aurait aucun sens et aucune vertu car elle ne résoudrait pas l’équation d’EDF.

Par contre, il existe un projet qui permettrait de régler les problèmes de sous-capitalisation et la sous-rémunération de l’entreprise, garantie de pérennité pour le Groupe. Ce projet repose sur quelques points clés :

  • Recapitaliser l’entreprise pour lui permettre d’emprunter plus facilement les capitaux nécessaires à son développement,
  • Revoir le système régulatoire en décorrélant la fixation des prix du marché français du marché européen : établir des tarifs reposant sur le coût réel de notre parc décarboné et pas sur celui du dernier moyen de production européen appelé (la plupart du temps charbon ou gaz). Avantages immédiats : maîtrise des prix payés par les consommateurs et fin de la vente à perte pour EDF. Cela induit de sortir de l’AReNH en activant l’article du Code de l’Énergie qui le permet en cas de circonstances exceptionnelles,
  • Demeurer dans le système d’échange physique d’électrons à la maille européenne, en utilisant les interconnexions pour des importations – exportations réalisées au prix du marché,
  • Donner à EDF des perspectives et objectifs de long terme, cohérente avec son statut d’industrie de temps long, qui ne peut au gré des caprices de l’État, changer en permanence son fusil d’épaule.

Aujourd’hui, l’Alliance CFE UNSA Énergies l’affirme : renationalisation ou pas, il existe un autre chemin pour EDF à condition de réinitialiser le logiciel de pensée unique utilisé depuis des décennies par les décideurs. Tout change autour de nous : au vu des nouvelles formes de production de l’énergie en émergence, mais aussi de l’évolution des modes de vie, de la consommation, de la relation de l’homme au travail, des aspirations sociétales, des attentes des parties prenantes externes et internes… il est grand temps de revisiter les paramètres de la relation État – EDF qui ont montré trop de limites et de perversité.

 

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