Lettre n° 9 de l’administratrice salariée d’Enedis

Une entreprise de service public n’est pas une entreprise comme les autres !

Notre société est devenue de façon progressive et insidieusement une société numérique.
Homo sapiens est devenu Homo numericus, et ce mouvement s’est amplifié depuis la Covid-19 avec le télétravail, le télé-enseignement, la télémédecine, les “télé-rencontres“, etc. Cette nouvelle ère numérique conduit à un monde désenchanté, guidé par l’efficacité et la rationalité.
Cette analyse de Roland Gori dans “La Fabrique de nos servitudes” (Édition “Les Liens qui Libèrent“, janvier 2022) met en évidence le mal qui touche nos services publics. […]

Dans ce contexte, qu’en est-il du service public de la distribution d’électricité ?

[…] Certes, nous ne sommes pas un service public d’État mais une entreprise de plein exercice, filiale à 100 % d’EDF, elle-même détenue aujourd’hui à près de 84 % par l’État (et peut-être plus demain ?). […]

L’activité d’Enedis est en croissance exponentielle et sera durablement soutenue sous l’effet conjugué du raccordement des énergies renouvelables du raccordement des bornes de recharge pour la mobilité électrique, des renforcements de réseaux à réaliser pour accompagner le déploiement des pompes à chaleur, de la rénovation des colonnes montantes, etc… sans négliger pour autant la gestion et la modernisation des réseaux.

Ainsi, dans ce contexte de rupture inédite d’activité pour Enedis, les OPEX sont restés à un niveau stable entre 2020 et 2021, alors que le résultat a progressé de 66,7 % en un an ! (Source : Enedis.fr). […]

Conséquence : un résultat financier complètement décorrélé de la réalité industrielle et économique de l’entreprise et des besoins que nécessite une telle hausse d’activité, décorrélé également de la rémunération de la BAR (Base d’actifs régulés), qui elle, n’a augmenté que de 2,87 %.

Or, les risques autour du maintien du modèle d’activité d’Enedis sont réels. À un moment où les collectivités locales sont en difficulté avec l’évolution dramatique des prix de l’énergie, électricité compris, la tentation pourrait être forte pour l’État de leur transférer une partie de la compétence rémunérée, comme l’est la distribution d’électricité.

Une contrepartie sans bourse délier ! France Urbaine a d’ailleurs habilement soufflé cette idée aux candidats à l’élection présidentielle. […]

Dans ce contexte de durcissement de notre environnement, les réseaux de distribution d’électricité constituent une infrastructure essentielle à la Nation, fiable et robuste qui doit le rester. Ces impératifs de sécurité sont peu compatibles avec les grilles de rentabilité actuelles d’Enedis.

Sachons retrouver le sens du bien commun et du long terme qui plus que jamais doit nous animer aujourd’hui.

Isabelle Chevalier

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