alors, avancées ou reculs ?

Conditions de travail et risques psychosociaux : enfin une stabilisation ?

Tous les trois ans, la Direction de l’Animation, de la Recherche, des Études et des Statistiques (DARES) du Ministère du Travail conduit une enquête sur les conditions de travail. Les premiers résultats de l’enquête de 2016 montrent une relative stabilisation des contraintes de rythme de travail et un léger recul des contraintes psychosociales.

Évidemment, le diable se niche dans les détails. Tout d’abord, parce qu’il ne s’agit pas d’amélioration, mais d’une stabilisation de la détérioration constatée depuis plus de 30 ans. Trente années pendant lesquelles le rythme du travail s’est durci, le travail s’est intensifié, l’autonomie et les marges de manœuvre se sont étriquées, sans que les contraintes physiques soient pour autant allégées. Si stabilisation il y a, il était temps !

Dans ce tableau qui demeure assez sombre, deux signes que tout n’est pas perdu et deux constatations un peu amères.

  • Contre toute attente, les collectifs de travail semblent se renforcer, le soutien des collègues vient atténuer les effets des changements organisationnels permanents.
  • Les émotions acquièrent – enfin – droit de cité dans le monde du travail. Hier encore tabou dans l’entreprise, on commence à admettre qu’elles sont propres à l’être humain, même au travail, qu’elles existent et qu’il faut faire avec.
  • En contrepoint, le recul de l’autonomie est général, y compris dans l’univers jusque-là assez épargné des cadres. Le management par le contrôle devient la référence, qu’il s’agisse d’un contrôle interne ou de celui des clients.
  • Le travail avec des produits dangereux gagne encore dans le monde des ouvriers peu qualifiés, déjà les plus fragilisés par les conditions matérielles de travail.

Deux remarques s’imposent : d’une part, la situation des IEG est en décalage avec ce qui est décrit ici. Si, hors de nos entreprises, la tendance est à la stabilisation, dans les IEG l’accélération est plus que jamais d’actualité. En témoignent les changements et les pressions que connaissent notamment les équipes des commercialisateurs et les fonctions support. D’autre part, la tendance à faire des cadres « des salariés comme les autres » dont on contrôle et réduit la marge de manœuvre, s’amplifie dans l’ensemble du monde du travail. Nous en observons les effets dans nos entreprises : des délégations de pouvoir réduites au strict minimum, une capacité de décision au jour le jour qui s’amenuise, une machine de gestion de plus en plus oppressante.

La conclusion optimiste de la DARES nous paraît donc peu représentative de ce qui est vécu par nos collègues pour qui les conditions de travail et les risques psychosociaux sont encore loin d’être stabilisés.

Pour en savoir plus : Quelles sont les évolutions récentes des conditions de travail et des risques psychosociaux ?
DARES analyses, n° 082, décembre 2017.

CFE Energies

GRATUIT
VOIR